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mardi 14 juillet 2015

L'une rêve, l'autre pas - Nancy Kress - ****

Présentation:

Alors que deux jumelles viennent au monde, l'une d'entre elles bénéficie d''une modification génétique qui lui permet de ne plus dormir. Huit heures d‘éveil de plus par jour, un rêve pour apprendre, vivre et découvrir le monde... Huit heures qui feront aussi d'elle, un être à part. 
Nancy Kress, l’auteur de Danse Aérienne, Les Hommes dénaturés ou du cycle de la Probabilité, est l'une des belles voix de l''imaginaire mondial, développant une science fiction au carrefour de la poésie, de la science et de la conscience sociale. 



Le début :

Le couple était assis, l’air guindé, sur ses chaises Eames anciennes, deux personnes qui auraient préféré ne pas être là, ou bien une personne qui ne le voulait pas et l’autre que cela contrariait. Le Docteur Ong avait déjà vu le cas.
En deux minutes, il en fut convaincu : c’était la femme qui résistait si fort en silence. Elle allait perdre. L’homme paierait plus tard, petit à petit, pendant longtemps.
« Je présume que vous avez déjà effectué les vérifications bancaires nécessaires, dit aimablement Roger Camden, alors passons tout de suite aux détails, d’accord, Docteur ?
— Certainement, dit Ong. Pourquoi ne commenceriez-vous pas par me dire quelles sont toutes les modifications génétiques qui vous intéressent pour le bébé ? »
La femme bougea soudain sur sa chaise. Elle approchait de la trentaine – visiblement une seconde épouse – mais avait déjà l’air fanée, comme si elle s’épuisait à suivre le rythme de Roger Camden. Ce qu’Ong n’avait pas trop de mal à imaginer. Mme Camden avait les cheveux bruns, les yeux bruns, sa peau avait une teinte brune qui aurait pu être jolie si ses joues avaient eu un rien de couleur. Elle portait un manteau brun, ni à la mode ni bon marché, et des chaussures à l’air vaguement orthopédiques. Ong jeta un coup d’œil à ses notes pour y trouver son nom : Elizabeth. Il aurait pu parier que les gens l’oubliaient souvent.
À côté d’elle, Roger Camden rayonnait de vitalité, homme d’âge mûr dont la tête en forme d’obus ne s’harmonisait guère avec sa coupe de cheveux soignée et son costume italien en soie. Ong n’avait pas besoin de consulter ses notes pour se remémorer des informations au sujet de Camden. Une caricature de la tête en forme d’obus avait été l’illustration principale de l’édition télématique du Wall Street Journal de la veille : Camden avait mené un coup exceptionnel d’investissement en limites croisées d’un atoll de données. Ong ne savait pas très bien ce qu’était « un investissement en limites croisées d’un atoll de données ».
« Une fille », dit Elizabeth Camden. Ong ne s’attendait pas à ce qu’elle parle la première. Sa voix fut une seconde surprise : celle d’une Anglaise de la bonne société. « Blonde. Aux yeux verts. Grande. Mince. »
Ong sourit.
« Les gènes de l’aspect physique sont les plus faciles à obtenir, comme vous le savez déjà, j’en suis sûr. Mais tout ce que nous pouvons faire pour la “minceur”, c’est de lui donner une prédisposition génétique en ce sens. La façon dont vous nourrirez l’enfant va naturellement... »
« Oui, oui, dit Roger Camden, c’est évident. Et maintenant de l’intelligence. Une haute intelligence. Et le sens de l’audace.
— Je regrette, Monsieur Camden : les facteurs de la personnalité ne sont pas encore assez bien connus pour permettre une manip...
— C’était juste pour voir », dit Camden, avec un sourire qui d’après Ong devait se vouloir enjoué.
Elizabeth Camden ajouta :
« Des aptitudes musicales.
— Encore une fois, Madame Camden, nous ne pouvons garantir qu’une disposition pour la musique.
— C’est bon, dit Camden. L’éventail complet de rectifications de tous les problèmes de santé potentiels liés aux gènes, bien sûr.
— Bien sûr », dit le Docteur Ong. Aucun des clients ne parla. Jusque-là, leur liste était plutôt modeste, compte tenu de la fortune de Camden ; il fallait convaincre la plupart des clients de renoncer aux tendances génétiques contradictoires, à la surcharge d’altérations, ou aux espoirs irréalisables. Ong attendit. La tension montait dans la pièce.
« Et, dit enfin Camden, aucun besoin de dormir. »
Elizabeth Camden tourna la tête brusquement pour regarder par la fenêtre. Ong prit un aimant à papiers sur son bureau. Il essaya de parler d’un ton aimable.
« Puis-je demander comment vous avez appris que ce programme de modification génétique existait ? »
Camden chercha dans une poche intérieure de son veston. La soie fronçait et tirait ; le corps et le costume venaient de classes sociales différentes. Camden était, se souvint Ong, un Yagaiiste, un ami personnel de Kenzo Yagai lui-même. Camden tendit un listing à Ong : les caractéristiques du programme.
« Inutile de vous donner la peine de chercher la fuite dans vos banques de données, Docteur : vous ne la trouverez pas. Mais, si cela peut vous consoler, personne d’autre ne la trouvera non plus. Bon. » Il se pencha soudain en avant. Il changea de ton. « Je sais que vous avez créé jusqu’à maintenant vingt enfants qui n’ont aucun besoin de sommeil. Que, jusqu’à maintenant, dix-neuf sont en bonne santé, intelligents et psychologiquement normaux. En fait, mieux que normaux – ils sont d’une précocité peu commune. Le plus âgé a déjà quatre ans et il peut lire deux langues. Je sais que vous avez l’intention de mettre cette modification génétique sur le marché dans quelques années. Je veux avoir une chance de l’acheter pour ma fille maintenant. Mon prix sera le vôtre. »
Ong se leva.
« Il m’est impossible de discuter de ceci avec vous unilatéralement, Monsieur Camden. Ni le vol de nos données...
— Qui n’était pas un vol – votre système a développé une régurgitation spontanée dans une sortie publique, vous aurez un mal d’enfer à prouver autre chose...
— ... ni la proposition d’acheter cette modification génétique particulière ne dépendent de ma seule autorité. L’un et l’autre doivent être discutés avec le conseil d’administration de l’institut.
— Absolument, absolument. Quand pourrai-je leur parler aussi ?
— Vous ? »
Camden, toujours assis, le regarda. Il vint à l’esprit d’Ong que peu d’hommes pourraient avoir un air aussi assuré, assis cinquante centimètres au-dessous de ses yeux.
« Certainement. J’aimerais pouvoir présenter mon offre à quiconque a réellement qualité pour l’accepter. Cela me paraît normal en affaires.
— Ce n’est pas seulement une transaction commerciale, Monsieur Camden.
— Ce n’est pas seulement de la recherche scientifique fondamentale, non plus, rétorqua Camden. Vous êtes une société à but lucratif. Avec certains dégrèvements de taxes seulement accordés aux entreprises répondant à certaines règles d’exercice équitable. »
Pendant une minute Ong ne put comprendre les paroles de Camden. « Les règles d’exercice équitable...
— ... sont établies pour protéger les minorités parmi les fournisseurs. Je sais, elles n’ont jamais été appliquées dans le cas de consommateurs : sauf en ce qui concerne les lignes rouges dans les installations d’Énergie-Y. Mais elles pourraient être appliquées, Docteur Ong. Les minorités ont le droit de se voir proposer les mêmes produits que les non-minorités. Je sais que l’institut n’apprécierait pas un procès, Docteur. Aucune de vos vingt familles du groupe-test génétique n’est noire ou juive.
— Un procès... mais vous n’êtes ni noir ni juif !
— J’appartiens à une minorité différente. Américano-polonaise. Notre nom était Kaminsky. » Camden se leva enfin. Et sourit chaleureusement. « Écoutez, c’est absurde. Vous le savez, et je le sais, et nous savons tous les deux combien les journalistes s’en régaleraient de toute façon. Et vous savez que je ne veux pas vous faire un procès absurde, seulement utiliser la menace d’une publicité aussi prématurée que nuisible pour obtenir ce que je veux. Je ne veux pas du tout faire de menaces, croyez-moi. Tout ce que je veux, c’est faire bénéficier ma fille de cette avancée scientifique remarquable. » Son visage changea, pour adopter une expression qu’Ong n’aurait jamais crue possible sur ces traits-là : le désenchantement.
« Docteur... savez-vous combien j’aurais pu accomplir en plus si je n’avais pas dû dormir toute ma vie ? »
Elizabeth Camden dit durement :
« C’est à peine si tu dors maintenant. »
Camden la regarda comme s’il avait oublié sa présence.
« Eh bien, non, ma chère, pas maintenant. Mais quand j’étais jeune... l’université, j’aurais pu terminer l’université et tout de même entretenir... mais bon. Rien de tout cela ne compte maintenant. Ce qui compte, Docteur, c’est que vous et moi et votre conseil d’administration parvenions à un accord.
— Monsieur Camden, je vous prie de quitter mon bureau maintenant.
— C’est-à-dire, avant que vous ne perdiez patience face à ma prétention ? Vous ne seriez pas le premier. Je compte organiser une réunion d’ici la fin de la semaine prochaine, quand et où vous le voudrez, bien sûr. Contentez-vous d’en faire savoir les détails à ma secrétaire personnelle, Diane Clavers. Quand cela vous conviendra le mieux. »
Ong ne les raccompagna pas jusqu’à la porte. La tension faisait battre ses tempes. À la porte, Elizabeth Camden se retourna.
« Qu’est-il arrivé au vingtième ?
— Comment ?
— Le vingtième bébé. Mon mari a dit que dix-neuf d’entre eux étaient en bonne santé et normaux. Qu’est-il arrivé au vingtième ? »
La tension devint plus forte, plus brûlante. Ong savait qu’il ne devait pas répondre ; que Camden connaissait probablement déjà la réponse, même si sa femme, elle, ne la connaissait pas ; que lui, Ong, allait répondre de toute façon ; qu’il allait regretter ce manque de maîtrise de soi, amèrement, par la suite.
« Le vingtième bébé est mort. Il s’est avéré que ses parents étaient instables. Ils se sont séparés durant la grossesse, et sa mère n’a pas pu supporter les pleurs continuels d’un bébé qui ne donnait jamais. »
Les yeux d’Elizabeth Camden s’agrandirent.
« Elle l’a tué ?
— Par accident, dit Camden brièvement. Elle a secoué la petite chose trop fort. » Il regarda Ong en fronçant les sourcils. « Des puéricultrices, Docteur. En équipe. Vous n’auriez dû choisir que des parents assez fortunés pour pouvoir engager des puéricultrices de jour comme de nuit.
— C’est horrible ! » explosa Mme Camden, et Ong ne put déterminer si elle parlait de la mort de l’enfant, du manque de puéricultrices, ou de l’inconscience de l’institut. Ong ferma les yeux.
Quand ils furent partis, il prit dix milligrammes de Cyclo-benzaprine-III. Pour son dos – ce n’était que pour son dos. Il sentait à nouveau sa vieille blessure. Après, il resta longtemps à la fenêtre, tenant encore l’aimant à papiers, sentant la tension quitter ses tempes, retrouvant son calme. Au-dessous de lui, le lac Michigan léchait paisiblement la rive ; la police avait expulsé les sans-abri au cours d’un nouveau raid juste la nuit précédente et ceux-ci n’avaient pas encore eu le temps de revenir. Il ne restait que leurs débris, jetés dans les buissons du parc au bord du lac : des couvertures en lambeaux, des journaux, des sacs plastiques, comme de pathétiques emblèmes piétinés. Il était illégal de dormir dans le parc, illégal d’y entrer sans permis de résidence, illégal d’être sans abri et sans domicile fixe. Tandis qu’Ong regardait, des gardiens de parc en uniforme commencèrent à ramasser méthodiquement les journaux pour les enfouir dans des réceptacles propres à propulsion automatique.
Ong prit le téléphone pour appeler le président du conseil d’administration de l’institut Biotech.

samedi 23 mai 2015

La fille flûte et autres fragments de futurs brisés - Paolo Bacigalupi - *****

Recueil de dix nouvelles, La Fille-flûte et autres fragments de futurs brisés confirme que les possibilités de la science fiction sont aussi importantes sous forme courte que sous forme longue. L'auteur y concentre son regard autour de considérations sociales, politiques et environnementales, et on trouve là de magnifiques variations sur les thèmes qui deviendront centraux dans ses romans.
Presque toutes ces histoires ont été récompensées ou nominées pour les prix Nebula et Hugo, et la nouvelle «L'homme calorie» a remporté le prix Théodore Sturgeon.


1 - La Fille-flûte (The Fluted Girl), pages 7 à 47, trad. Sara DOKE
2 - Peuple de sable et de poussière (People of sand and slag), pages 49 à 84, trad. Julien BÉTAN
3 - Du dharma plein les poches (Pocketful of Dharma), pages 85 à 124, trad. Sara DOKE
4 - Le Pasho (The Pasho), pages 125 à 167, trad. Sara DOKE
5 - L'Homme des calories (The Calorie Man), pages 169 à 226, trad. Sébastien BONNET
6 - Le Chasseur de Tamaris (The Tamarisk Hunter), pages 227 à 247, trad. Sara DOKE
7 - Groupe d'intervention (Pop Squad), pages 249 à 293, trad. Laurent QUEYSSI
8 - Le Yellow Card (Yellow Card Man), pages 295 à 352, trad. Sara DOKE
9 - Plus doux encore (Softer), pages 353 à 372, trad. Sara DOKE
10 - La Pompe six (Pump Six), pages 373 à 434, trad. Claire KREUTZBERGER


Miette:

Des Yellow cards partout, aussi loin que l’œil peut voir : toute une race fuyant la Malaisie qui les chasse vers le grand Royaume thaï. Un grouillement de réfugiés confiés à l’autorité des Chemises blanches du ministère de l’Environnement, comme s’ils n’étaient qu’une espèce invasive supplémentaire à gérer, tels la cibiscose, la rouille vésiculeuse et les charançons transpiratés. Les Yellow cards, les hommes jaunes. Huang ren partout, et Tranh est en retard pour son unique occasion d’échapper au troupeau anonyme. Une seule occasion après tant de mois. Et il est en retard. Il se presse contre un mur pour contourner un vendeur de rats, ravale une nouvelle boule de salive épaisse, suscitée par l’odeur de la chair grillée, se précipite dans une allée menant aux pompes à eau et se fige.
Ils sont dix à faire la queue devant lui. Des vieillards, des jeunes femmes, des mères, des adolescents.
Il se liquéfie et enrage simultanément. S’il avait l’énergie, s’il avait mangé à sa faim hier ou le jour d’avant ou celui d’avant encore, il hurlerait, il jetterait son sac de chanvre sur la chaussée et le piétinerait jusqu’à ce qu’il n’en reste que poussière, mais il a trop peu de calories. Une occasion ratée à cause de la malchance, de l’escalier. Il aurait dû donner son dernier baht au Seigneur du lisier et louer une place dans un appartement avec des fenêtres sur le soleil levant pour se réveiller plus tôt.
Mais il a été avare. Avare de son argent et de son avenir. Combien de fois a-t-il répété à ses fils que dépenser pour gagner plus était parfaitement acceptable ? Pourtant, le Yellow card timoré qu’il est devenu lui a conseillé de conserver son baht. Il s’est accroché à son argent comme un paysan ignorant et a préféré dormir dans l’obscurité d’une cage d’escalier. Il aurait dû se dresser comme un tigre et braver le couvre-feu, les Chemises blanches et leurs matraques noires. Maintenant, il est en retard, il pue la sanie humaine et il fait la queue derrière dix autres qui, eux aussi, doivent boire, remplir un seau, se laver les dents dans l’eau brune du Chao Phraya.
À une époque, il exigeait la ponctualité de ses employés, de sa femme, de ses fils et de ses concubines. C’était quand il avait encore une montre-bracelet à remontoir et pouvait contempler les minutes s’égrener pendant des heures. Il la remontait de temps en temps, écoutait son tic-tac et fouettait ses fils pour leur paresse. S’il n’était pas devenu vieux, confiant et stupide, il aurait vu les choses venir et senti la radicalisation des bandeaux verts. Quand donc son cerveau était-il devenu si paresseux ?
L’un après l’autre, les réfugiés terminent leurs ablutions. Une mère édentée avec une frange de fa’ gan derrière les oreilles s’écarte avec son seau, et c’est enfin le tour de Tranh.
Il n’a pas de seau. Rien que le sac. Le précieux sac. Il le pend près de la pompe et resserre le sarong autour de ses hanches creuses avant de se pencher sous le robinet. Une eau brune et fraîche l’inonde. La bénédiction du fleuve. Sa peau, alourdie par l’humidité, pend comme la chair d’un chat rasé. Il boit l’eau graveleuse, frotte ses dents d’un doigt, se demande quelle sorte de protozoaires il avale. Ça n’a pas d’importance. Il a confiance en sa chance à présent. C’est tout ce qui lui reste.
Des enfants le regardent baigner son vieux corps pendant que leurs mères fouillent les épluchures de mangues PurCal et les coques de tamarins, espérant trouver un morceau de fruit exempt de cibiscose sis.11mt.6… Ou est-ce la 111mt.7 ? Ou la mt.8 ? Autrefois, il connaissait toutes les épidémies semencières. Il savait quand une récolte allait se perdre, si une nouvelle semence avait été piratée. Il profitait de ces informations pour remplir ses clippers de graines fertiles et de produits sains. Mais cette vie était passée.
Ses mains tremblent en sortant les vêtements du sac. Est-ce l’effet de son grand âge ou l’excitation qui le fait trembler ? Des vêtements propres. De bons vêtements. Le costume de lin blanc d’un homme riche.
Les vêtements ne sont pas siens, il se les est appropriés et les a conservés précieusement. Pour cette occasion. Même quand il a désespérément eu envie de les vendre ou de les porter pour remplacer ses loques. Il enfile le pantalon, commence à boutonner la chemise, se presse quand une voix dans sa tête lui rappelle que le temps passe vite.
— Tu les vends ces fringues ? Tu vas parader jusqu’à ce que quelqu’un avec un peu de viande sur les os te les rachète ?
Tranh lève les yeux. Il ne devrait pas, il a reconnu la voix. Pourtant, il ne peut s’en empêcher. Il a été un tigre. Aujourd’hui, il n’est plus qu’une souris effrayée qui sursaute et s’agite à la moindre alerte. Il lève les yeux et Ma est là, debout devant lui, souriant. Gras et souriant. Aussi vivant qu’un loup.

Les brillants - Marcus Sakey ***


Pas désagréable mais sans grande surprise, sauf peut-être le fait d'être publié dans la Série Noire.


Quatrième :
Dans le Wyoming, une petite fille perçoit en un clin d’œil les secrets les plus sombres de tout un chacun. À New York, un homme décrypte les fluctuations des marchés financiers. À Chicago, une femme maîtrise le don d’invisibilité en sachant d’instinct se placer là où personne ne regarde. On les appelle les «Brillants». Depuis les années 1980, 1 % de la population naît avec ces capacités aussi exceptionnelles qu’inexplicables.
Nick Cooper est l’un d’eux : agent fédéral, il a un don hors du commun pour traquer les terroristes. Sa nouvelle cible est l’homme le plus dangereux d’Amérique, un Brillant qui fait couler le sang et tente de provoquer une guerre civile entre surdoués et normaux. Mais pour l’arrêter, Cooper va devoir remettre en cause tout ce en quoi il croit, quitte à trahir les siens.

Miette :

Parce que tous les discours au sujet de la prévention de la guerre ne sont que des conneries. Ce qu'ils veulent vraiment, c'est la contrôler. Ils veulent provoquer et maintenir un état de guerre larvée. Ils veulent que nous soyons tous sur le qui-vive, en train de nous méfier de tout le monde. Les normaux et les anormaux, ceux de gauche et ceux de droite, les riches et les pauvres, tout le monde. Plus nous avons peur, plus nous avons besoin d'eux. Et plus nous avons besoin d'eux, plus ils deviennent puissants.

dimanche 29 mars 2015

La communauté des sœurs / Les mentats de Dune - Herbert & Anderson - ****


Il est assez fascinant de constater que l'univers de Dune, dans lequel je traine mes pompes depuis plus de vingt-cinq ans finit par atteindre une espèce de réalité, de consistance. Ce cycle se situe entre "Dune, la genèse" et "Avant-Dune" et sera probablement une trilogie comme les autres. Le troisième sera probablement consacré aux navigateurs.
J'ai dévoré ces deux livres, faut bien l'avouer, même si le début du deuxième tome est un peu chargé de rappels quand on enchaîne les deux tomes. A travers une alternance de chapitres consacrés à des protagonistes différents, formule bien rodée, on est pris dans cette narration comme on l'était dans les opus précédents.
A lire donc...


Ce nouveau titre de la saga de Dune revue et prolongée par Brian Herbert et Kevin J. Anderson nous ramène dix mille ans en arrière, à l'époque de la création du Bene Gesserit et des autres ordres apparaissant dans Dune, Mentats, Maîtres d'armes, Navigateurs, etc.
Il se situe quatre-vingt-trois ans après la Bataille de Corrin, qui a mis fin au règne et même à l'existence des Machines pensantes qui ont menacé de détruire le genre humain. L'humanité subit de profondes transformations. En effet, le mouvement Butlèrien a entrepris de détruire toutes les formes de technologies dangereuses, bien au-delà des seules Machines pensantes. Il en résulte que par passion ou par intérêt, des groupes humains vont entreprendre de se doter des capacités qui étaient autrefois assurées par des machines. Un groupe existe déjà, celui des Navigateurs, qui peuvent choisir la bonne route à travers les subtilités de l'hyperespace. Il s'est assuré le monopole du voyage spatial et lutte contre le mouvement Butlèrien, s'efforçant avec une poignée de savants de préserver l'essentiel des acquis scientifiques.
L'ordre des Mentats, pour sa part, choisit de s'allier au mouvement Butlerien.
De son côté, sous la direction de la Révérende-Mère Raquella Berto-Anirul, qui, à la suite d'une empoisonnement manqué, a trouvé accès aux mémoires de tous ses ancêtres féminins, la Communauté des Soeurs est en proie à de grands désordres, une partie des Soeurs voulant rejoindre le mouvement Butlérien. Celui-ci soupçonne Raquella d'utiliser des ordinateurs pour mener à bien un immense projet génétique d'amélioration de l'humanité, ou du moins d'une de ses parties. De ces conflits et de diverses ambitions, vont surgir une nouvelle organisation de la Communauté, qui deviendra ultérieurement le Bene Gesserit.
Les familles Atreides et Harkonnen ne sont pas sorties non plus indemnes de la Guerre des Machines et des troubles qui ont suivi. Elles tentent de reconstruire leur influence et leurs fortunes avec des résultats inégaux.


La bataille de Corrin, conclusion de la guerre des Machines, a mis fin au règne et même à l'existence des Machines pensantes qui ont menacé d'asservir puis de détruire l'humanité. Il en a résulté l'interdiction absolue de construire des intelligences artificielles, interdiction consignée dans la Bible catholique orange sous la forme : « Tu ne feras point de machine à l'esprit de l'homme semblable. » Allant plus loin, le mouvement butlérien, sous la conduite de Manford Torondo, a entrepris de détruire toutes les formes de technologies dangereuses, bien au-delà des seules machines pensantes.
Du coup, l'humanité subit de profondes transformations. Par passion ou par intérêt, des groupes humains vont entreprendre de se doter des capacités autrefois assurées par des machines. L'ordre des Mentats, pour sa part, créé par Gilbertus Albans, a choisi de s'allier au mouvement butlérien.
Un entraînement spécial, formant à la logique la plus poussée dès l'enfance, et assisté d'une drogue, permet à certains hommes de devenir des « ordinateurs humains ». Mais Gilbertus Albans lui-même se trouve dans une situation difficile : s'il a rejoint un temps le jihad butlérien, il s'oppose à la politique du chef du mouvement, Manford Torondo, qui, devenu fou, veut abolir toute science.
De son côté, et pour équilibrer la puissance des Mentats masculins, la mère supérieure Raquella tente de reconstruire son École des soeurs avec l'aide de son élève la plus douée, Valya Harkonnen, qui poursuit aussi un autre but : tirer vengeance de Vorian Atreides, héros légendaire du jihad butlérien qu'elle tient pour responsable de la déchéance de sa famille. Ainsi naît le Bene Gesserit qui va se doter d'un programme secret : donner naissance, par sélection génétique, au Kwisatz Haderach qui maîtrisera tous les possibles de l'avenir.
Les trois ordres en cours de constitution, Bene Gesserit, Mentats et Navigateurs, qui ont pour but commun d'améliorer l'espèce humaine et de libérer ses potentiels insoupçonnés, vont-ils unir leurs forces pour s'opposer aux fanatiques butlériens ou s'opposer les uns aux autres au risque de se détruire ?


Allez, quelques entêtes de chapitres:

Quiconque cherche un sens à la vie entreprend une quête futile. La vie humaine n’a aucun but ni valeur.
Le général cymek Agamemnon,
Une Ère de Titans.


Les humains sont une cause infinie de perplexité et de fascination. Pas étonnant qu’ils aient besoin de tant d’émotions différentes pour pouvoir concocter des explications et des excuses à leur comportement irrationnel.
Érasme, Journaux de laboratoire


Y a-t-il quelque chose qui soit réellement tel que nous le percevons ? Quels sont les filtres de nos perceptions ? Les plus honnêtes parmi nous regarderont en profondeur pour déterminer de quelle façon nos opinions sont biaisées par nos propres illusions.
Formation de la Communauté des Sœurs Orthodoxes.


Il y a de la force dans le nombre, une puissance brute et primordiale. Mais à mesure qu’une foule grossit, sa capacité de raisonnement diminue.
Gilbertus Albans, archives de l’École Mentat.


Il ne suffit pas de répéter quelque chose souvent, et avec véhémence, pour que cela devienne un fait, et aucune personne rationnelle n’y croira quel que soit le nombre de répétitions.
Draigo Roget, rapport à la Holding Venport,
Analyse des comportements fanatiques.


Parfois, la meilleure façon de voir ce qui est familier est de s’en éloigner.
Sagesse du désert.


Des convictions inflexibles sont des choses puissantes.
Mais sont-elles une armure ou une prison ?
Une arme ou une faiblesse ?
Empereur Jules Corrino.

dimanche 15 mars 2015

Starfish - Peter Watts - ***

Inspirez, on plonge ! Starfish est un roman de science-fiction (hard-science) dont l'essentiel de l'action se déroule dans les grandes profondeurs. On y suit une équipe chargée de la maintenance d'une petite station géothermale sur le bord d'une faille volcanique. On comprend vite que le monde est en proie à une crise énergétique majeure. Evidemment, la question de l'adaptation au milieu est au centre de l'intrigue. Pour faire face à ce milieu hostile, les humains ont subi des modifications organiques leur permettant de respirer dans l'eau. On découvre rapidement que ces employés n'ont pas été choisis au hasard, mais en fonction de critères psychologiques précis, par forcément ceux que l'on choisirait pour un futur gendre... Ils devront faire face à des créatures abyssales aussi monstrueuses que fragiles, à une altération de leur métabolisme due à la composition de l'eau près du rift, à la paranoia, etc.

J'ai eu un peu de mal à rentrer dans le roman. Je n'avais pas lu la quatrième de couverture (absente sur ma vieille liseuse) mais passé le premier tiers, j'ai été pris par l'ivresse des profondeurs. Les personnages aux personnalités si problématiques sont froids mais finalement attachants et les thématiques (humanité augmentée, psychologie des profondeurs, nouvelles formes de vie) prennent de la consistance. L'intrigue ne se conclut que partiellement vu qu'il y a une suite : Rifteurs. J'attendrai donc de l'avoir lue pour conclure. Rendez-vous au prochain épisode...

Quatrième de couverture:
Une grande multinationale exploite l'énergie géothermale dans les grands fonds de l'Océan Pacifique grâce notamment à des stations sous marines de contrôle. Mais vivre en huis-clos pendant de longs mois n'est pas donné à tout le monde. Aussi, la société a décidé de recruter les seules personnes aptes à subir le stress, la promiscuité, l'isolement et les dangers afférents aux abysses : des hommes et des femmes dont la psychologie est déviante... Lenie Clarke est l'une des chefs d'équipe. Comme ses compagnons, elle a d'abord suivi des tests et un entraînement rigoureux puis subi des altérations génétiques qui lui permettent d'accoutumer sa vision à l'obscurité et de respirer dans l'eau lors des sorties hors de la station. Lenie va faire face à des conflits terribles avec ses coéquipiers, tous aussi déséquilibrés qu'elle-même. Comment vont-ils tous réussir à survivre en groupe, à affronter les profondeurs de l'océan et à maîtriser leurs pulsions ?